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Le Tibet et les devoirs de la Chine, le Figaro, 18/03/08

Le Tibet et les devoirs
de la Chine

 
18/03/2008 | Mise à jour : 20:46 |
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Crédits photo : AFP

L'éditorial de Pierre Rousselin du 19 mars.

Si un geste d'apaisement n'est pas tenté à Pékin, la crise au Tibet menace d'enfler au point de compromettre sérieusement le bon déroulement des Jeux olympiques dans cinq mois.

Près de vingt ans après les événements dramatiques de Tiananmen, les autorités chinoises ont à nouveau géré de façon déplorable le mouvement de protestation.

Celui-ci était pourtant prévisible puisqu'il marquait le 49e anniversaire du soulèvement qui s'était conclu par l'exil du dalaï-lama en Inde. Qu'il prenne de l'ampleur ne devrait pas être une surprise. Les dirigeants chinois savent bien que les Jeux olympiques offrent une formidable caisse de résonance à tous ceux qui ont du mal à faire entendre leur voix, les Tibétains plus que qui­conque, puisqu'ils se heurtent depuis des décennies au mur de l'immobilisme de Pékin.

Pour toute réponse à leurs revendications, ils ont vu la Chine jouer la carte du développement. Mais l'exploitation des ressources minières, la dégra­dation de l'environnement et l'afflux de colons chinois ont été perçus comme une atteinte à l'identité tibétaine.

Depuis plus de dix ans, le dalaï-lama ne réclame plus l'indépendance du Tibet. Il prône la non-violence et n'exige qu'une large autonomie culturelle qui ne menace en rien l'intégrité de la Chine.

Prétendre, comme le fait Pékin, qu'il n'y a dans cette révolte qu'une conspiration, menée par «la clique» du dalaï-lama et encouragée par les ennemis de la Chine, ne convaincra personne, même s'il apparaît que nombre de victimes sont des Chinois, pris à partie par des Tibétains en colère.

Avec la perspective des Jeux olympiques, les événements sont en train d'échapper à tout contrôle parce que la moindre manifestation sur le plateau tibétain a aussitôt des répercussions tout autour de la planète.

La cause du Tibet, où la défense des droits de l'homme prend un parfum d'exotisme et de spiritualité orientale, fascine l'Occident. La personnalité du dalaï-lama, Prix Nobel de la paix, est vénérée partout dans le monde.

Si Steven Spielberg a claqué la porte de l'organi­sation de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Pékin, c'était pour protester contre le rôle de la Chine au Darfour. Mais, bien plus que le drame africain, le Tibet est un thème de prédilection à Hollywood. Que la répression se poursuive à Lhassa et la mobilisation mondiale, déjà rodée sur la question du Darfour, sera de plus en plus difficile à contenir.

Boycotter la grande fête du sport n'a pas de sens. Ce serait faire injure à tous les Chinois qui voient dans les Jeux de Pékin l'occasion de s'ouvrir au monde. Le dalaï-lama, lui-même, le reconnaît.

Mais le 8 août, lorsque s'ouvriront les Jeux olympiques de Pékin, nous ne pourrons ignorer la crise au Tibet et l'écho qu'elle rencontre dans les opinions. Ces Jeux doivent être l'occasion de faire comprendre à la Chine que son accession au rang de puissance mondiale lui confère des responsabilités mondiales. Établir un dialogue avec le dalaï-lama, le reconnaître ainsi, en tant que chef spirituel, est un de ces devoirs.



19/03/2008
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